• Instagram

"Share The World" par Seb Toussaint

« FREEDOM » est le mot qu’à choisi Ro’an pour le projet « Share The Word » proposé par Seb Toussaint.

 

Seb Toussaint est un artiste franco-britannique qui a pour ambition d’ « attirer l’attention sur les communautés vulnérables par le biais de la voix des gens ». C’est dans ce but qu’il parcourt le monde et peint un mot, choisi par un local au sein d’un quartier défavorisé, sur le mur de ce même quartier - le plus souvent un bidonville.

 

Le mot « FREEDOM » a été peint dans le camp de réfugiés le plus peuplé de Palestine : Balata (Cisjordanie).

Le 26 novembre 2019, des manifestations ont eu lieu en Cisjordanie, une semaine après que Donald Trump a reconnu les colonies israéliennes comme non-contraires au droit international.

Dans ce contexte de déséquilibre entre Israël et Palestine la solution à deux Etats, soutenue par l’ONU et basée sur les frontières de 1967, semble plus que fragile.

 

Ainsi AGORART’ s’est penché sur la possibilité d’un Etat unique et souhaite laisser la parole à Raphaël Porteilla, maître de conférences à Dijon en sciences politiques et spécialiste de la Palestine.

Raphaël Porteilla, maître de conférence à Dijon en sciences politiques

"La question d'un seul Etat sur l'espace jourdain-méditerranée (soit aujourd'hui Israël-Cisjordanie et Gaza) ou historiquement la Palestine mandataire renvoie à divers ordres de considérations dont le premier est que cette forme d'Etat unique (certains parlent d'Etat binational) est en soi une question déjà complexe relativement à son futur fonctionnement, à son organisation politique et institutionnelle. Dans ce sens, ce seront aux Palestiniens de décider de la forme de cet Etat ainsi qu'aux Israéliens qui souhaiteront en faire partie.

Quatre facteurs vont indiscutablement dans le sens d'un Etat unique (binational ou non).

 

  • Le premier relève indubitablement d'un bel idéal, appuyé sur une volonté humaniste de paix et de justice pour tous, de sorte que cet Etat -sur le modèle sud-africain, par exemple au moins dans ses dimensions institutionnelles- puisse fournir les bases et le cadre d'un futur partagé, chacun disposant des mêmes droits et d'une égalité réelle autant dans les opportunités politiques que socio-économiques. cet idéal doit pouvoir être en mesure, en dépit des distances et des haines accumulées, de briser les murs, réduire les peurs et ouvrir des possibles dépassant toute considération ethno-politique ou ethnoreligieuse qui divise.

 

  • Le second facteur tient dans les racines de cet idéal qui puisent ses sources, des deux côtés, dans l'histoire. En effet, l'OLP avant d'adhérer à la solution à deux Etats, a plaidé en faveur d'un Etat laïc et démocratique. En 1969, une résolution politique du Conseil national palestinien soulignait que "l'objectif des palestiniens était d'édifier une société démocratique et libre, pour tous, musulmans, chrétiens, juifs et ainsi libérer la Palestine de la domination du sionisme". Cette perspective a été reprise par Y. Arafat en 1974 devant l'ONU en formulant le rêve d'un

 

 

"Etat unique démocratique où chrétiens, juifs et musulmans vivraient dans la justice, la fraternité et le progrès".

      Du côté du Yichouv (la communauté Juive de Palestine avant 1948), l'idée d'un tel Etat (ici binational) a été avancée par plusieurs intellectuels comme Martin Buber ou Judah Magnès. D'autres formations ont été dans le même sens en prônant "la non domination d'un peuple par un autre indépendamment de leur force numérique respective", soit un Etat pour tous en Palestine. Cela témoigne d'un substrat idéologique historique, qui peut se réactiver mais dont il est délicat en 2019 de dire si ce sera possible.

 

  • Le troisième facteur soutenant l'idée d'un seul Etat est à rechercher du côté des réalités présentes sur le terrain. les deux peuples vivent de manière totalement imbriquée en Cisjordanie (colons et palestiniens), à Jérusalem (idem) et aussi en Israël (Arabes et juifs, citoyens d'Israël). Cette interconnexion et interdépendance (économique), en dépit de nombreuses zones et modalités de séparation, donne à voir un ensemble territorial et humain formant un tout continu. Il convient toutefois de nuancer quelque peu car cette perspective est aussi utilisée par l'extrême droite israélienne pour favoriser le statuquo actuel qui correspond en fait une politique et une pratique d'apartheid : un Etat domine et contrôle tout le territoire et l'ensemble de la population, laquelle est subdivisée en différents statuts selon les lieux de résidence auxquels sont attachés (ou non) des droits; la question des réfugiés étant alors totalement négligée alors qu'elle constitue une dimension primordiale de l'avenir.

 

  • Enfin, le quatrième facteur repose sur l'existence aujourd'hui encore d'initiative politique réelle - certes peu visible et peu médiatisée - qui demande la création d'un Etat binational (Campagne pour un Etat démocratique). Jeff Halper, membre fondateur du mouvement palestino-israélien, a déployé toute son énergie dans cette entreprise en postulant que "personne ne veut des deux Etats, personne ne veut d'un Etat d'apartheid, donc il reste la solution à un Etat". Pour cette initiative encore mal connue, c'est la seule possibilité de parvenir à la justice et à la paix durables afin de créer un nouveau système politique fondé sur l'entière égalité civique, sur une totale mise en œuvre du droit au retour pour les réfugiés palestiniens et sur la construction de mécanismes pour corriger les injustices passées. Toutefois, si les sondages montrent que cette solution peine à dépasser 20% de soutien parmi les israéliens et environ un tiers du côté palestinien, des progrès ont été constatés depuis quelques temps, signe que les consciences peuvent évoluer, même dans une situation qui parait bloquée".

@Alexis Galli - Septembre 2019