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L'ITW spécialiste

Ces illustres femmes ont ouvert la voie à d’autres, elles ont « gagné du terrain » mais peuvent-elles aujourd’hui revendiquer une certaine influence ?

 

Nous avons posé la question à Xavière Gauthier, journaliste, éditrice et universitaire. Elle est également une figure emblématique du féminisme en France, et l'auteure de nombreux ouvrages, parmi lesquels, « Pionnières, de 1900 à nos jours, elles ont changé le monde » paru en 2010.

X.G. : « Certainement car sans elles, il n'y aurait pas eu toutes ces avancées politiques et ces luttes pour obtenir des droits les plus élémentaires : l’accès à l’éducation, le droit de vote notamment semblent être la base d’une civilisation juste, d’un monde qui permet de voir enfin l’humanité marcher sur ses deux jambes. Avant elles, dans leurs pays, dans leurs domaines, seuls des hommes avaient réussi, avaient pris place ; après elles, d’autres femmes pourront peut-être accéder, dans la mesure où la première a créé un précédent. En ce sens, les pionnières ont, volontairement ou non, ouvert une voie. Je pense, par exemple à Marie Curie, sœur Emmanuelle, Indira Gandhi, Taslima Nasreen, Hillary Clinton…

Mais dans certains domaines les critères sont souvent plus difficiles à établir. En quoi telle écrivaine, par exemple, est une pionnière ? La littérature a-t-elle changé après que son œuvre ait été publiée ? C’est le cas, et ils sont nombreux, où les critères objectifs n’existent pas, où il faut bien reconnaître une part plus ou moins grande de subjectivité, voire de partialité. »

 

2- Après l'émergence de nombreuses femmes sur le devant de la scène au XXè siècle dans différents secteurs, pensez-vous que le début du XXIè siècle a tendance à marquer le pas au niveau de l'"avancée" et/ou du droit des femmes ?

 

X.G. : « Les portraits que je dresse dans mon livre sont pris à partir de 1900, ce n’est sans doute pas un hasard ! On y voit que, malgré l’incroyable misogynie, l’impitoyable ségrégation qui a fait obstacle si fortement aux conquêtes féminines, les femmes, aussi, ont fait et font la civilisation et, je le crois, apportent du nouveau au monde. Les hommes eux-mêmes en prennent conscience. On peut mesurer un certain chemin parcouru, jusqu’à Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, qui, le 7 mars 2008, s’enthousiasme à l’idée de travailler avec des femmes du monde entier, en déclarant « c’est à elles que nous devons les acquis du siècle écoulé, et ce seront encore elles qui seront, demain, les championnes de la cause ». La cause : celle de leur propre émancipation dont la société toute entière devrait bénéficier. »

 

3- Etes-vous optimiste pour les générations futures ? Et quel serait selon vous le principal frein à l'émergence de nouvelles pionnières ?

 

X.G. : « Ce n’est pas gagné ! Au « sommet du millénaire » à New-York en 2000, étaient réunis 170 chefs d’Etat dont... 6 femmes. Mais, grâce aux pionnières, on peut espérer aller vers un monde mixte, où les femmes seront aussi présentes que les hommes, pour une avancée de la civilisation.

Quant aux freins à l’émancipation des femmes dans tous les domaines, ces sont les religions, bien sûr, qui écrasent les femmes et les enferment. »

 

4- Pensez-vous que l’art peut aider à « faire avancer la cause » ?

X.G. : « Il peut y contribuer bien sûr, comme tout le reste. Il ne faut négliger aucune piste pour faire avancer la cause des femmes ! Je me plais à penser que mon livre va également contribuer à réparer des injustices sexuées de l’histoire, rendre leur légitime visibilité à des femmes que l’histoire avait oubliées et faire prendre conscience de la créativité des femmes. »