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"Bombe atomique" d'Andy Warhol

20 ans après les explosions des bombes sur Hiroshima et Nagasaki, Andy Warhol crée « Bombe atomique », une impression sérigraphique représentant 29 fois un champignon atomique.

 

On peut remarquer sur l’œuvre la disparition progressive de la couleur rouge au profit de la couleur noire.

Ce dégradé de l’artiste est plus qu’un effet de style puisqu’il est une réalité lors de telles explosions. Après la déflagration lumineuse de la bombe, le paysage devient sombre d’une part car les yeux doivent s’habituer à l'éclat de lumière et d’autre part car les poussières soulevées rendent l’atmosphère trouble.

Parallèlement, on peut ressentir dans ce même dégradé de couleurs le passage de la vie à trépas soit de la lumière à l’obscurité (environ 200 000 morts en seulement deux bombes).

 

Aujourd’hui 9 pays possèdent cette arme nucléaire qui devient de plus en plus contestée.

Ainsi ICAN (association de lutte contre le nucléaire) se voit attribuer le prix Nobel de la paix en 2017 pour son engagement, un signe de progrès, mais qui est loin d’être suffisant pour interdire définitivement ces armes à l’échelle internationale.

 

En conséquence AGORART’ a souhaité laisser la parole à Dominique Lalannephysicien nucléaire, président du collectif « Abolition des armes nucléaires » et membre d'ICAN pour une tribune contre les armes nucléaires.

 

 

Dominique Lalanne, physicien nucléaire, président du collectif "Abolition des armes nucléaires" et membre d'ICAN

Pourquoi faut-il interdire les armes nucléaires ?

 

"Neuf pays disposent d'armes nucléaires : USA, Russie, France, Royaume-Uni, Chine, Inde, Pakistan Israël et Corée du Nord. Le total atteint 15.000 bombes détenues à 95% par les USA et la Russie dont 2000 bombes sont en état d'alerte permanent.

 

Les bombes actuelles ont une puissance de 10 à 1000 fois celle d'Hiroshima. Les effets humanitaires d'une seule bombe seraient ingérables par les secours d'un pays. Une centaine de bombes qui exploseraient sur des villes provoqueraient des fumées qui obscurciraient l'atmosphère et compromettraient les récoltes, c'est « l'hiver nucléaire » qui a été calculé par des météorologistes.

 

"Une guerre nucléaire signerait la fin de l'humanité".

 

Les armes nucléaires sont présentées par les pays qui les possèdent comme nécessaires pour assurer leur sécurité. Il s'agit en fait d'une « sécurité psychologique » en supposant que la menace d'une frappe nucléaire suffit à empêcher une agression.

 

 

"Les menaces actuelles, terrorisme, finances et économie, cyber activité ne peuvent être dissuadées par une telle menace".

 

 

L'histoire montre que même une agression militaire n'est pas dissuadée par une menace nucléaire : L'URSS a mis des missiles nucléaires à Cuba, à 150km de la Floride, sans être dissuadée par l'arme nucléaire américaine. L'Egypte a attaqué Israël (guerre du Kippour), l'Argentine a attaqué le Royaume-Uni (guerre des Malouines) alors que ces pays avaient l'arme nucléaire. La dissuasion nucléaire n'est donc en rien dissuasive !

 

Et si on affirme que l'arme nucléaire est nécessaire pour assurer la sécurité d'un pays, la logique serait que chaque pays ait des armes nucléaires !

 

En fait une analyse politique plus fine montre que l'arme nucléaire sert aux dirigeants pour affirmer leur position de dominant. Elle sert de « marqueur de puissance ». Mais un marqueur de puissance très dangereux car une situation de panique, par folie ou par erreur pourrait déclencher l'apocalypse. De telles situations ont failli se produire une dizaine de fois depuis 1945. Le cas du colonel Petrov en 1983 est le plus connu : un satellite soviétique visualisait l'image de cinq missiles américains et la contre-attaque devait être tirée en 15 minutes. Le colonel Petrov a dit « fausse alerte » au Kremlin, bien lui en a pris, c'étaient des reflets du soleil sur des nuages !

 

Pour éviter des frappes nucléaires, toutes les personnalités sont unanimes, la seule solution est l'élimination des armes nucléaires. Mais comme cela sert de « marqueur de puissance » aucun des pays détenteurs ne veut l'élimination. Le Traité de non-prolifération (TNP) entré en vigueur en 1970 prévoyait que les pays nucléaires élimineraient leurs armes « de bonne foi » dans « un avenir rapproché »...

 

En 2017 un Traité d'interdiction de possession et de menace des armes nucléaires a été voté à l'ONU, créant ainsi une obligation d'élimination. Les pays nucléaires ont tous refusé de signer ce Traité et seule la pression de l'opinion publique mondiale pourra faire respecter cette loi internationale".

Site d'ICAN :

@Alexis Galli - Septembre 2019