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Affiche sur les stéréotypes sexuels d'Elise Gravel

Elise Gravel est canadienne. Elle étudie le graphisme et publie son premier ouvrage pour enfants Le Catalogue des Gaspilleurs en 2003. Avec des dessins simples qu'elle diffuse sur les réseaux sociaux et sur son site, Elise Gravel met à disposition des parents et enseignants des affiches pour déconstruire les clichés et les stéréotypes imposés aux enfants; son objectif est de les aider à aborder certains sujets comme la diversité, le consentement, les stéréotypes de genre, la tolérance, la protection de l’environnement, etc.

Elise Gravel raconte qu'à la maternelle, elle était populaire parce qu'elle était capable de dessiner des princesses avec de longs cheveux en spirale. Ensuite, au secondaire, les filles lui demandaient de leur dessiner leur mec idéal dans leur agenda. De son propre aveu, elle serait devenue très douée pour dessiner des muscles et du poil.

 

 

Aujourd'hui, bien que l’ONU désigne l’égalité des sexes comme « le plus grand défi en matière de droits fondamentaux »*, le gouvernement se montre plus réaliste en reconnaissant que « malgré d’importantes avancées, les femmes sont encore moins payées [que les hommes], harcelées dans la rue, freinées dans leur accès aux responsabilités »**.

 

C’est dans ce contexte de progrès vers l’égalité femme-homme qu’AGORART’ souhaite se pencher sur ces femmes, ces pionnières d’hier et d’aujourd’hui qui ont fait avancer la cause.

 

« C’était le seul homme de son cabinet ministériel ». Ce propos est celui de l’un des collaborateurs de Sirimavo Bandaranaike, première femme au monde à avoir été à la tête d’un gouvernement. Celui du Sri Lanka, dont elle fût trois fois Premier ministre : de 1960 à 1965, de 1970 à 1977 puis de 1994 à 2000.

Le 1er novembre 2019, lorsqu’elle prendra la présidence de la Banque Centrale Européenne (BCE), la principale institution monétaire de l'Union européenne, se peut-il que Christine Lagarde entende un propos similaire ?

Presque soixante ans ont passé et Christine Lagarde ne deviendra pas cheffe de gouvernement, certes, mais tout de même la première femme à diriger la BCE. Il faut dire que la Dame est coutumière du fait, ayant été la première femme Ministre de l’Economie d’un pays du G8 (de 2007 à 2011 en France), puis la première directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), de 2011 à 2018.

Christine LAGARDE fait figure d’exception car elle fit en tant que femme ce qu’auparavant seuls des hommes avaient réalisé. Elle est une pionnière dans la vie politique française. La définition qu’en donne le dictionnaire Larousse, précise qu’

 

 

une pionnière est « une personne qui ouvre la voie à quelque chose, qui est la première à faire quelque chose. ».

 

Tous les pays, tous les domaines ont eu « leurs » pionnières, parmi lesquelles on peut citer Julie-Victoire Daubié, première bachelière de France (1861), Valentina Terechkova, première femme dans l’espace (Russie, 1963), Kathrine Switzer (Allemande) première femme à courir le marathon de Boston (1967), Junko Tabei, Japonaise, première femme à gravir l’Everest (1975), Vigdis Finnbogadottir, première femme élue présidente (Islande, 1980), Florence Artaud, Française, première femme victorieuse de la Route du Rhum (1990).

 

La liste n’est pas exhaustive, elle n’en est pas moins admirable.

 

 

 

Ces illustres femmes ont ouvert la voie à d’autres, elles ont « gagné du terrain » mais peuvent-elles aujourd’hui revendiquer une certaine influence ?

 

Nous avons posé la question à Xavière Gauthier, journaliste, éditrice et universitaire. Elle est également une figure emblématique du féminisme en France, et l'auteure de nombreux ouvrages, parmi lesquels, « Pionnières, de 1900 à nos jours, elles ont changé le monde » paru en 2010.

 

X.G. : « Certainement car sans elles, il n'y aurait pas eu toutes ces avancées politiques et ces luttes pour obtenir des droits les plus élémentaires : l’accès à l’éducation, le droit de vote notamment semblent être la base d’une civilisation juste, d’un monde qui permet de voir enfin l’humanité marcher sur ses deux jambes. Avant elles, dans leurs pays, dans leurs domaines, seuls des hommes avaient réussi, avaient pris place ; après elles, d’autres femmes pourront peut-être accéder, dans la mesure où la première a créé un précédent. En ce sens, les pionnières ont, volontairement ou non, ouvert une voie. Je pense, par exemple à Marie Curie, sœur Emmanuelle, Indira Gandhi, Taslima Nasreen, Hillary Clinton…

Mais dans certains domaines les critères sont souvent plus difficiles à établir. En quoi telle écrivaine, par exemple, est une pionnière ? La littérature a-t-elle changé après que son œuvre a été publiée ? C’est le cas, et ils sont nombreux, où les critères objectifs n’existent pas, où il faut bien reconnaître une part plus ou moins grande de subjectivité, voire de partialité. »

 

Après l'émergence de nombreuses femmes sur le devant de la scène au XXè siècle dans différents secteurs, pensez-vous que le début du XXIè siècle a tendance à marquer le pas au niveau de l'"avancée" et/ou du droit des femmes ?

 

X.G. : « Les portraits que je dresse dans mon livre sont pris à partir de 1900, ce n’est sans doute pas un hasard ! On y voit que, malgré l’incroyable misogynie, l’impitoyable ségrégation qui a fait obstacle si fortement aux conquêtes féminines, les femmes, aussi, ont fait et font la civilisation et, je le crois, apportent du nouveau au monde. Les hommes eux-mêmes en prennent conscience. On peut mesurer un certain chemin parcouru, jusqu’à Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU, qui, le 7 mars 2008, s’enthousiasme à l’idée de travailler avec des femmes du monde entier, en déclarant « c’est à elles que nous devons les acquis du siècle écoulé, et ce seront encore elles qui seront, demain, les championnes de la cause ». La cause : celle de leur propre émancipation dont la société toute entière devrait bénéficier. »

 

Etes-vous optimiste pour les générations futures ? Et quel serait selon vous le principal frein à l'émergence de nouvelles pionnières ?

 

X.G. : « Ce n’est pas gagné ! Au « sommet du millénaire » à New-York en 2000, étaient réunis 170 chefs d’Etat dont... 6 femmes. Mais, grâce aux pionnières, on peut espérer aller vers un monde mixte, où les femmes seront aussi présentes que les hommes, pour une avancée de la civilisation.

Quant aux freins à l’émancipation des femmes dans tous les domaines, ce sont les religions, bien sûr, qui écrasent les femmes et les enferment. »

 

Pensez-vous que l’art peut aider à « faire avancer la cause » ?

X.G. : « Il peut y contribuer bien sûr, comme tout le reste. Il ne faut négliger aucune piste pour faire avancer la cause des femmes ! Je me plais à penser que mon livre va également contribuer à réparer des injustices sexuées de l’histoire, rendre leur légitime visibilité à des femmes que l’histoire avait oubliées et faire prendre conscience de la créativité des femmes. »

Où en sommes-nous aujourd’hui du féminisme ? Le sillon ouvert par les pionnières du XXe siècle continue-t-il à se creuser ?

Les phénomènes contemporains « me too » et « balance ton porc » auront-ils suffisamment de poids et de relais dans la société pour créer une onde de choc véritablement durable ? Ce phénomène sociétal permettra-t-il une éducation juste et égalitaire entre les petites filles et les petits garçons ?

 

A chacun de nous, femmes, hommes, responsables politiques, dirigeants associatifs, patrons d’entreprise, parents, citoyens, d’emprunter la voie ouverte par les pionnières, sans jamais baisser la garde.

Et pour conclure, comment ne pas citer l’une des plus illustres féministes Françaises – Simone de Beauvoir – qui écrivait dès les années 1960 : "N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant."

 

Simone de Beauvoir avait vu juste même si l’on pourrait malheureusement ajouter aujourd’hui les crises migratoire et climatique. Dans la lutte contre ce dernier fléau, on pense immédiatement à Greta Thunberg, une jeune femme encore…. Et si dans les générations futures, on parlait d’elle comme d’une pionnière ?

@Karine2g - Octobre 2019